Circulez ! Gala Supélec (i)

21/05/2009 – 18:59

Harold Bernat


Circulez ! Gala Supélec (i)

Vivre et penser au milieu des porcs

(Gilles Châtelet, 1999)


Entre deux voitures de flics, le petit cortège bariolé beugle sa joie de vivre, entre le Mac Do du haut et celui du bas, sur le boulevard Saint Michel, samedi après-midi, à l’heure des grandes déambulations hypnotiques. Dans une techno d’ambiance, les jeunes décervelés racolent pour la soirée du samedi suivant. Distribution de tracts, promesse d’une “grosse teuf”, dans le langage anémié de l’abrutissement collectif, 23 euros en prévente à la FNAC, 28 euros sur place, tenue correcte exigée, délit de sale gueule en prime.

En train de se dandiner sur leur char à roulette, les cybers abrutis de la France validée haranguent le quidam au rythme de la boîte à musique. Les Supélec font la promo de leur gala, mettent en avant quelques noms de DJ à la cool, occupent la voirie, défient de leur petit jean moule-cul un bus à contre-sens du sens de leur marche festive.

L’obscénité de la retape arrache quelques sourires complaisants aux déambulants endormis sur le trottoir d’en face. Alliance maîtrisée de la techno réussite et de la techno parade, du décervelage de masse et de la réussite scolaire.

Quelques idiotes perchées sur leur char de combat se trémoussent, santé et exercice, triomphe obscène, entre deux flics au pas, du sexe en piles. On pourrait jouer la finesse, donner à ce convoi morbide quelque hauteur en peaufinant la phrase, en ajustant le ton, en pondérant le jugement.

Trouver dans cette violence quelques raisons atténuantes : ils sont jeunes, ils font la fête, et la fête, c’est mieux que la guerre. La fête ?

Si la morgue de ces petits hommes validés par une institution complaisante, si l’encadrement en flics de ce cortège blafard, si l’agression des Supélec et de leur musique d’eunuques est une fête, alors je prône la guerre.

La guerre contre ces castes écœurantes qui étalent leurs pompes à fric au gré des décibels. On aurait tort de comparer ces Supélec qui dégoulinent leur joie de vivre mort-née sur un Boulevard laissé aux maquignons de la fripe à des putes. Ils sont bien moins que cela.

Une pute ne promet pas l’orgasme avec son diplôme de baise. Deux ans de bachotage intensif, de bourrage de crâne systématique, encadrés par des sergents-chefs de la réussite en boîte, deux ans à bouffer de l’exercice, à dégurgiter des solutions apprises avec le cœur vide, à pisser dru de la copie calibrée pour pouvoir, enfin, juste récompense, s’afficher dans les rues de la capitale pour gratter quelque fric, beaucoup de fric, afin d’engraisser les tiroirs-caisses de leur BDE d’esclaves.

Entre deux cuites et trois vomis, les boutonneux encravatés sirotent au whisky coca l’intégration d’une grande École.

Langés dans le titre, ces idiots montants simulent la libération sexuelle, singent le carnaval, grimacent le bordel. S’il fallait désigner l’ennemi de la pensée critique, lui faire une tronche, ce serait certainement celle de ces imbéciles, les Supélec en gala, les X en soirées, les centraliens en beuveries, tous ces promoteurs aux visages lisses de l’obscénité qui vient, dans ce temps, le nôtre, où la réussite se crache à la gueule à grands coups de décibels entre deux voitures de flics, avec la complaisance des mairies, des “partenaires”, ces maquereaux à gamins diplômés, des pseudo-artistes engagés qui iront mettre leur grain de voix à la gueulante sans honte du samedi suivant.

Que tous les tâcherons des facs de sciences humaines se lèvent et tous ceux, avec, qui pour payer une année de cours se pressent au Mac Do du coin, un peu plus bas. Que tous ceux qui cherchent à dire quelque chose, dans leur coin, sur l’état d’une société en pourrissement, parfois trop scrupuleux quand il s’agit de délimiter un sujet qui échappe, aillent botter le cul de ces morveux d’État, rappellent un coin de réel à ces cyber-gédéons, à ces turbo-bécassines, pour le dire dans le phrasé de Gilles Châtelet. Bref, tous ceux qui refusent, pour un temps encore, de vivre et de penser au milieu des porcs.

PS : ‘‘Un des phénomènes sociaux devant lesquels il est particulièrement difficile de respecter le précepte spinoziste : “Ne pas rire, ne pas détester mais comprendre’’. (Pierre Bourdieu, Instituer efficacement l’attitude critique, 21 juin 2001)

Harold Bernat (19 octobre 2007)

Lire aussi :

Gala Supélec – II – “Vivre et penser comme des porcs” (Gilles Châtelet, 1999)

Gala Supélec – III

Gala Supélec – IV – A ceux qui savent lire, les autres n’existent pas

Gala Supélec – V – X, Y, Z, sinus et cosinus, gendarmes et commissaires, un misere nobis?

Gala Supélec – Un an déjà?

Dernière minute – Gala Supélec : une taupe au BDE.

Gala Supélec 2009 – Spéciale promotion 2007-08-09


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  1. 5 Responses to “Circulez ! Gala Supélec (i)”

  2. Quel joli mélange de haine, de jalousie, d’aigreur, et de ridicule. Rien ne sert de parler comme un dictionnaire pour tenir les propos qui sont les votres. Si nous sommes des imbéciles vous par contre êtes pitoyable. Vous déclarez faire une guerre mais vous ne possédez pas d’arme, vous usez du droit à la parole pour écrire un pamphlet dénué de sens et haineux envers les gens qui ne vous ont rien demandé. Voir des gens heureux vous dégoute. Vous préférez surement la déchéance, la bétise et la bassesse du genre humain, parce que, soyons sérieux, vous nagez dedans comme un poisson dans l’eau.

    By Romain on Jul 20, 2009

  3. je suis a supélec aussi, je tiens à dire aux supélec que ça ne sert à rien de s’exciter contre l’auteur de ce blog qui n’est pas l’auteur de ce pamphlet (de bernard winter,autre bloggeur qui date de 2005)
    seul son choix de remettre de l’huile sur le feu en republiant le billet est à remettre en cause…

    By piou on Jul 20, 2009

  4. Non plus Bernat-Winter mais Bernat. Par avance, merci pour la correction.

    Bien à vous tous,

    Harold Bernat

    By Bernat on Sep 24, 2009

  5. À votre service.

    Bien à vous.

    By Yacedjaz on Sep 24, 2009

  6. “Autrefois vous étiez singes et maintenant encore l’homme est plus singe qu’aucun singe”

    F.N

    By Un Surhomme heureux d'hair ! on Nov 1, 2009

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